• La trajectoire de Neptune

    Il boit. Comme si c'était une habitude, sans penser ce que cela engendre comme problèmes. Il ne pense qu'à lui. Ma mère est tombée en dépression, elle m'affiche toujours un grand sourire comme si tout allait bien. Mais rien ne va, nous sombrons dans un gouffre profond sans issue. Et moi je suis perdue, je ne sais pas comment réagir, c'est un cercle vicieux sans fin. Cette famille n'est plus rien, ce n'est même pas une famille.

    Cette histoire comporte quelques insultes, mais rien de très choquant, je déconseille tout de même pour les moins de 12 ans.

    chapitre : I / II

     

     

  • chapitre I

    L'eau coule sur ma peau, marquée par endroits de cicatrices sur mon dos. Elle dégouline sur ma poitrine et me chatouille les jambes avant de disparaître. Les cinq minutes se sont écoulées et je sors de la douche,  je me sèche et m'habille d'un jogging. Je laisserai mes cheveux sécher pendant la nuit, ça n'a pas d'importance de toute manière. Je sors de la salle de bain avec la plus grande discrétion, la paume de mes pieds adhère au carrelage froid de notre appartement. Je me raidis en voyant mon père étalé sur la table, un verre à la main. Il marmonne des choses pour lui et me dévisage alors que je me précipite sans un mot dans ma chambre. Je me regarde dans le miroir, j'ai beaucoup changé ces dernières années, des cernes se dessinent sous mes yeux et j'ai gagné un peu de poids, mon apparence n'est pas la première chose qui me préoccupe, je n'ai besoin de plaire a personne. Un cercle bleu est gravé sur ma cheville ; mon tatouage, une planète qui porte mon nom, Neptune. C'était pour moi un acte de rébellion contre mon père, lorsqu'il l'a vu, il m'a insulté de tout les noms et m'a battu, d'où les marques dans mon dos. Ce tatouage encré dans ma peau, je l'avais voulu, je ne le regretterai jamais, il me montre que j'ai ma place dans ce monde.

    J'entends le bruit d'une bouteille qui se casse puis mon père vociférer et lancer des jurons. Ma mère doit déjà dormir, enfin elle ne dort plus depuis qu'il boit, j'ai un énorme pincement au cœur pour elle, pour nous. Notre famille est perdue dans un cercle vicieux.

    Je prends un bouquin et lis quelques pages avant d'éteindre la lumière et de me coucher. Même si je ne vais pas beaucoup dormir.

    Des coup de poings contre ma porte me réveillent comme tout les matins, j'ai les yeux gonflés. Je m'habille en vitesse et file manger mon petit-déjeuner. Comme d'habitude, ma mère me pose cinq milles questions et me parle d'une voix toute mielleuse en affichant son grand sourire. En voulant me relever, d'un geste maladroit, je renverse mon verre et l'eau se repend sur la table. Mon père, me foudroyant du regard me gifle de toutes ses forces et me gueule dessus. Un élan de rage m'envahit, je pète les plombs, j'en ai marre.

    -Allez vous faire foutre, leur hurlais-je dessus.

    Je bouillonne intérieurement, cette situation m'est invivable. Mon père me regarde d'un air dégoûté et je soutiens son regard avant de filer dans ma chambre. 

    -Débarrasse nous de cette gamine, lui dit-il, sans pité avant de prendre la porte, sûrement pour aller s'acheter des cigarettes

    J'essaie de me convaincre qu'il m'aime, mais je chasse toutes ces pensés, l'image de lui entrain de me frapper me revient dans la tête et me lacèrent au dedans. 

    J'entends ma mère sangloter, elle se rapproche de ma porte et me dis qu'elle m'aime avant de s'éloigner. Je m’effondre sous le poids du chagrin, mes yeux sont gonflés par les larmes. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais plus quoi penser.

    ***

    Je me suis endormie. Mon père doit être rentré depuis mon coup de rage. Je jette un coup d’œil sur ma montre, il est dix huit heures. J'ai rattrapé ce que je n'ai pas dormi la nuit dernière, c'est étonnant, je n'ai jamais autant dormi et pourtant j'ai l'impression d'être exténuée. Ma mère m'appelle pour dîner. Mes jambes sont engourdies et je me coiffe un peu avant de les rejoindre. 

    -Tu foutais quoi ? me crache mon père dès que je m'assoit.

    Je ne lui réponds pas et mange ma tartine en silence. Tout ce que nous mangeons vient d'une association caritative qui aide les gens en difficultés financière. Ma mère pense que je l'ignore mais ce n'est pas difficile de le découvrir en réalité ; je l'ai déjà épiée. Nous avons des problèmes d'argent depuis qu'il a perdu son boulot. C'est ça qui a tout déclenché.

    L'ambiance est froide et tendue, nous mangeons sans un mot jusqu’à ce que ma mère brise le silence :

    -Neptune. Nous sommes en difficulté, c'est trop dur pour nous tous, tu ne peux pas rester. Tu partiras demain matin vers quatre heures. Ma sœur Lucy viendra te chercher, fit ma mère, au bord des larmes.

    Mon sang se fige dans mes veines, c'est impossible, ils sont trop lâches. Je ne mérite pas des gens comme eux. Je lâche un sanglot mais tente de le cacher. J'ai l'impression que tout se dérobe sous mes pieds sans que je puisse m’accrocher à quelque chose.

    -Très bien, fis-je sur un ton qui trahissait ma voix chevrotante.

    J'engloutis ma tartine et rejoins ma chambre. Mes jambes se dérobent sous mon poids et je pleure sans m'arrêter. Suis-je heureuse ? Je ne sais pas. Suis-je triste ? Je n'arrive pas à définir. 

    Je sors ma valise, coincée sous mon lit puis fourre mes habits et mes affaires dedans. Je n'ai pas beaucoup d'affaires. J'ai tout perdu depuis le déménagement. J'ouvre un tiroir et tombe sur un album photo. Il est rempli de photos de nous trois, souriants. Des larmes coulent sur les images délavées. Ce ne sont que des souvenirs. Ou est passé mon père ? Celui d'avant ? Nous passions beaucoup de temps ensemble, il était souriant et ne cessait de me raconter des blagues. Tout à changé depuis qu'il a perdu son travail, il s'est réfugié dans l'alcool et certaines fois la drogue, tout cela à eu un impact énorme sur notre vie de famille. J'en ai des cicatrices indélébiles. Que va t'il advenir de moi maintenant, puisqu'ils m'abandonnent ?

    La trajectoire de Neptune


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    chapitre II

     

    Je n'arrive pas à y croire, suis-je dans un rêve ? Tout cela me paraît imaginaire. C'est drôle, je ne sais pas ce que je ressens. Je vais bientôt partir de cet appartement que j'ai toujours détesté, comment dois-je réagir ?

    Je finis de remplir ma valise et la referme d'un geste lent. Fatiguée et sonnée par ce que l'on vient de m'annoncer, je m'endors. 

    Il s'approche doucement. Il a les mêmes yeux d''un bleu profond, comme moi. Il prononce mon nom, bras tendus, avant que je me blottisse contre lui, il a un parfum doux. Ce n'est qu'un rêve. Puis il se dégage, me foudroie du regard et me gifle. 

    Je me réveille dans un sursaut, en sueur. Ma montre indique trois heures. Ces cauchemars hantent mes nuits et occupent mes pensées. Je me lève, le parquet est froid et craque sous mon poids. En sortant discrètement, je vois ma mère affalée sur le canapé. Je fais le moins de bruit possible en ouvrant la porte et sors en catimini. Je monte les escaliers de notre immeuble et arrive au dernier étage, essoufflée. Je prends le couloir et ouvre la porte d'un petit cagibi, une ampoule dénudée projette un mince filet de lumière tamisée. Il y a une échelle en bois, grasse, je l'emprunte et ouvre la trappe. J'arrive dans une autre pièce, tout en verre munie d'une porte que j'emprunte. J'entends le bruit des pots d’échappement et l'odeur âcre de la ville, je n'aime pas ces odeurs. J'essaie d'oublier ça et regarde les innombrables étoiles qui décorent le ciel. Je n'ai pas vraiment froid ; c'est l'été mais j'entends le bourdonnement aigu des moustiques ; j'essaie aussi de l'oublier. Je me demande se trouve ma planète. Quelle distance nous sépare vous croyez ? Je contemple toutes ces étoiles, la lune éclaire . J'aime bien ces escapades nocturnes, le ciel est d'une beauté inestimable, il y un autre mot pour le définir : "voûte céleste" c'est très poétique, j'aime bien. Le temps passe beaucoup trop vite lorsque je suis ici. Il est déjà moins le quart. Dans quinze minutes je m'en vais. Pour toujours. Je ne veux plus les revoir, ils sont lâches. Je quitte le toit de l'immeuble et cours en bas les escaliers. J'ouvre discrètement la porte.

    Ma mère fume sur le balcon. Je la rejoins et dépose un baiser sur sa joue, alors qu'une larme coule sur son visage. Elle est jolie mais elle paraît beaucoup plus vieille ces temps. Sa peau est douce, ses yeux ont perdu leur éclats et ne dégagent plus rien. Un sentiment de haine m'envahit, elle est trop lâche. Je cours m'habiller et prends ma valise, les yeux gonflés et bouffis, des larmes tombent en cascade et je tente de les ravaler. Je me précipite vers la porte d'entrée et sors en claquant la porte le plus fort possible. Je dévale les escaliers et franchis le seuil sans aucun regret ; je quitte cet endroit de merde.

    Elle est debout, éclairée par le faisceau lumineux d'un réverbère. Elle ressemble à ma mère mais elle a l'air beaucoup plus jeune. Elle s'approche de moi et me tend ses bras. Je me blottis contre elle. Nous ne parlons pas, c'est déjà trop dur pour moi. Je relâche mon étreinte et ouvre le coffre de la voiture garée juste derrière elle. Un bruit de porte s'élève derrière moi et mes parents apparaissent sur le seuil de la porte de notre immeuble. Ma tante salue mon père et embrasse ma mère. Je referme le coffre. Je ne sais pas si je suis heureuse ou non. Je ne peux pas me retenir et je vais vers la mère. J'essuie ses larmes et lui dis que je l'aime. Il me fixe quand je vais vers lui. Je ne peux pas me retenir mais je le serre contre moi en plantant mes ongles dans son dos. Il grogne. Contre toute attente, il me chuchote à l'oreille : "Je t'aime". Je lui dis que moi aussi. Une partie de moi ne peut pas le haïr, je ne comprends pas. Je le relâche et file me placer dans la voiture sans un regard. Ils discutent à voix basse et j'ouvre la fenêtre pour mieux entendre.

    -...d'en prendre soin d'accord ? fais mon père.

    -Aucun souci, fais ma tante accompagné par un hochement de tête.

    Je n'avais jamais vu cette facette de mon père. Jamais je n'aurais pensé qu'il se souciait vraiment de moi. Même sobre il ne me disait jamais qu'il m'aimait ou ne me montrait aucune marque d'affection. Je fais le vide dans mes pensées en essayant de ne plus penser à eux, c'est fini. Ma mante ouvre la porte et s'assoit elle aussi. La voiture démarre. J'en sais très peu sur ma tante Lucy, la dernière fois que je l'ai vue c'était il y a trois mois. Elle passe de temps en temps chez nous. Je me demande pourquoi elle est venue me chercher si tôt. Pleins de questions se bousculent dans ma tête mais je reste muette.

    Le voyage est long et silencieux. Je rêvasse.

    «Je sais» dit-elle en brisant le silence. Je la regarde d'un air intrigué et elle continue :

    -Ça n'a pas dû être simple ces dernières années pour toi. Je sais qu'il buvait. Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer maintenant.

    J'acquiesce sans dire un mot, c'est rassurant mais je ne sais pas quoi penser de tout cela. A-t-elle des enfants ? Je n'y avais pas réfléchi. Il me semble qu'elle doit avoir un fils, mais je n'en suis pas certaine. On verra bien. Ma mère m'avait dit il y a quelques mois que l'une de mes cousines était décédée mais je ne sais pas comment elle s'appelait, ni si elle était la fille de l'une de mes autres tantes. J'ai une grande famille mais elle n'est pas très soudée, un rien et tout peut basculer.

    La trajectoire de Neptune


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